Enredos d’Ecoles de Samba de Rio, Carnaval 2012 – Quand le Nordeste est célébré !

Pour le carnaval de Rio 2012, cinq Écoles de samba ont choisi le Nordeste comme thème de leur défilé. Quelles sont ces traditions du Nordeste qui sont encore si présentes aujourd’hui ? Denise nous apporte un éclairage singulier pour nous aider à mieux comprendre le folklore Nordestin qui est d’une richesse inouïe !

Imperatriz Leopoldinense et Portela : Ces Écoles ont chanté la culture et la religion de Bahia.

Imperatriz Leopoldinense : L’enredo (le scénario, la narration) de cette École a rendu hommage à Bahia et à son écrivain mondialement connu : Jorge Amado (1912-2001). L’œuvre de Jorge Amado décrit la vie de communautés noires et mulâtresses de Bahia. Il est un auteur traduit dans de nombreuses langues, son œuvre est celle qui est sans doute la plus adaptée à la télévision brésilienne.

Les participants de l’École Imperatriz Leopoldinense étaient 3200 divisés en « alas » (ailes). Chacune des « fantasias » (costumes) des ailes correspondaient aux œuvres de Jorge Amado. On retrouvait des personnages célèbres de ses livres : “Gabriela, Cravo e Canela”, “Dona Flor”, “Tieta do Agreste”, “Capitães da Areia”, etc…

Les thèmes et personnages typiques de Bahia, cités ci-dessous, étaient également présents ou représentés dans des chars allégoriques gigantesques et parfois surréalistes :

– le musicien Dorival Caymmi (1914-2008), ami de Jorge Amado et grand compositeur de standards de musiques bahianaises.

– le peintre Carybé (1911-1997), les sujets de ses peintures traitent surtout du folklore et des traditions de Bahia.

– la Capoeira : danse dont la chorégraphie s’inspire des gestes de combats et de danses des peuples africains issus de l’esclavage au Brésil. Aujourd’hui, le côté chorégraphique a pris le pas sur l’aspect « art martial ».

– le Berimbau : grand instrument avec une seule corde (avec une forme d’arc musical) utilisé pour la capoeira

Un char allégorique représentait quasiment en grandeur nature l’Église de Bonfim ! C’est l’Eglise Nosso Senhor de Bonfim (« Notre Seigneur de bonne fin ») de Salvador. Les petits bracelets (pulseira de Bonfim), que l’on attache avec 3 nœuds correspondant à 3 vœux qui se réaliseront quand les nœuds se seront détachés, viennent de là ! Le rituel du « lavage » de l’escalier de l’Église de Bonfim était chorégraphié, rituel fait par des “mães de santo” (des personnages du Candomblé). Pendant le défilé, on a pu voir le « lavage » de l’escalier de l’Église de Bonfim fait avec de vrais balais et des seaux d’eau !

Portela

Cette École a aussi rendu un hommage à Bahia. Les chars allégoriques et “alas” (ailes)s’appuyaient sur le syncrétisme religieux (mélange de confessions originaires de différentes croyances religieuses, très présent à Bahia) et mettaient aussi en relief les points touristiques de Salvador.

Salgueiro

Cette École a chanté et représenté le Nordeste avec des personnages historiques et des figures  typiques du folklore :

  • Cangaceiros : les héros du Sertão (arrière-pays du Nordeste avec un climat semi-aride)
  • personnages du folklore du Nordeste :
    •  Virgulino le Lampião* et sa femme, Maria Bonita
    • Padim” Cícero, le prêtre qui est considéré comme un Saint jusqu’à aujourd’hui par les Nordestins.
  • Antonio Conselheiro, un bienheureux qui se disait envoyé de Dieu
  • Ala (aile) das baianas habillées en Maria Bonita, représentation des “Bonecos de Barro” (Bonecos = grandes marionnettes/poupées, en barro = argile) de Mestre Vitalino. Mestre Vitalino était un céramiste célèbre. On lui doit la tradition de faire des figurines d’argile qui représentent des scènes du quotidien du Nordeste, y compris les «retirantes» (familles contraintes à abandonner leur terre à cause de la sécheresse).

Les Cangaceiros marchaient en bande. Ces guérilleros combattaient l’oligarchie et le gouvernement. Ils étaient vêtus de vêtements en cuir et coiffé d’un chapeau  typique qui est encore caractéristique des vaqueiros (cow-boys de la région). Cette région du Nordeste est appelée “Caatinga”, nom venant de la végétation piquante et avec des broussailles qui est typique de la région aride du Nordeste. Un des chars allégoriques était un immense “Pavão Misterioso” (un paon mystérieux)

Les Cowboys du Nordeste l’utilisent encore aujourd’hui. Denise a chez elle d’authentiques vêtements de Cangaceiros : pantalon ouvert de coté, la veste ¾ et le chapeau qui est relativement petit avec l’avant du chapeau qui complètement retroussé, le tout est fait en cuir joliment travaillé. En plus des thèmes et folklore du Nordeste cités ci-dessus, l’École Salgueiro a aussi rendu hommage à la littérature de cordel. Les poètes populaires Nordestins ont immortalisé les exploits des Cangaceiros dans une littérature régionale appelée littérature deCordel. On chante ou on lit cette littérature. Les Cangaceiros sont des figures encore très présentes du folklore Nordestin. On les retrouve aussi dans des bandes dessinées, à la télévision, dans les films et les chansons populaires…telles que celles de la capoeira. Dans la fameuse aile des Bahianaise, les femmes de l’École Salgueiro ont défilé vêtues de cuir de la tête aux pieds ! Clin d’œil à la mode typique des Cangaceiros.

Unidos da Tijuca

Cette École a revisité les œuvres de Luis Gonzaga “Rei do Baião. Luis Gonzaga (1912-1989) était un chanteur et compositeur du Pernambuc. C’est lui qui a fait la célébrité du “Forró”. Cette danse, dont le nom vient de l’expression anglaise “For all” mais prononcée “à la brésilienne” cela donne Forró. Cela est né d’une invitation anglaise pour tous ceux qui travaillaient avec eux ! Le défilé a aussi fait référence au “Bumba Meu Boi” (représentation théâtrale dansée), aux coloris des “Festas Juninas” (fêtes folkloriques du mois de juin) et à l’art populaire Nordestin avec des allégories et des fantasias (costumes) évoquant la teinte argile des bonecos, figures de Mestre Vitalino. Avec sa musique et ses chansons si belles, Luis Gonzaga a ému tous les brésiliens !

Beija-Flor

Cette École a rendu hommage à la ville de São Luis do Maranhão avec le personnage de “Joãozinho Trinta”. C’est le créateur des allégories représentées sous la forme du gigantesque spectacle que nous connaissons aujourd’hui dans les défilés au Sambodrome ! Dans cette École ont également défilés des personnages faisant référence à l’histoire et à la présence française sur le littoral. São Luis do Maranhão devant en effet son nom au Roi de France !

* Le Lampião

Le Lampião fut le “Roi du Cangaço” entre 1920 et 1938. Le Cangaço est un banditisme social typique du Nordeste qui a duré au Brésil de 1870 à 1940.

Denise a une grande amie qui a une merveilleuse histoire sur le Lampião ! Le beau-père de cette amie, un Belge négociant d’armes, voyageait dans le Nordeste pour ses affaires au début des années 30. Lors de son voyage, il rencontra la bande de Lampião qui exigea des armes. Comme tout avait déjà été vendu, il ne resta que le revolver personnel du beau-père de cette amie, revolver qui a été confisqué par le Lampião. Mais en partant, le Lampião lui jeta un petit chiffon roulé  en boule en disant : « Ca, c’est pour que l’on ne dise pas que les brésiliens sont des voleurs ». Dans le chiffon se trouvait un diamant brut, qui par la suite a été taillé à Anvers et offert en cadeau de mariage aux jeunes femmes de la famille, dont l‘amie de Denise ! Il est vrai qu’au Brésil, les Cangaceiros sont considérés plus comme des héros que des bandits !

0 réponses

Laisser un commentaire

Rejoindre la discussion?
N’hésitez pas à contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.