Bolivie : Les Missions Jésuites

La Bolivie, c’est vraiment l’Amérique latine, elle est aussi bien andine qu’amazonienne. Et les nombreuses tribus indiennes qui la peuplaient ont créé ce pays, tout autant que les colons espagnols. …

FenetreEn 1692, les jésuites fondent une nouvelle mission à San Javier de los Piñocas, dans l’est de la Bolivie, «la mission de San Francisco Xavier ». La première tribu à accepter ce joug nouveau sont les Chiquitos, d’où le nom des « Missions Jésuites des Chiquitos ».

Plusieurs autres missions seront construites par la suite. Concepción, San Ignacio, Santa Ana, San Rafael, San José dos chiquitanos et San Miguel dans un diamètre d’environ 500kms. San Juan, Santiago, Santo Corazón sont plus éloignées et ne rentrent pas aujourd’hui dans le cadre des visites des « missions ».

Au fur et à mesure des années les jésuites réuniront autour d’eux plusieurs tribus d’un groupe similaire. Il faut choisir une langue commune, faire oublier les guerres tribales, travailler tous ensemble. Pour ce faire, les jésuites adopteront une langue commune, le Chiquitano. A partir de là, on parlera de « Chiquitanos » pour désigner l’ensemble des tribus réunies par les jésuites. Le chiquitano a été traduit dans notre alphabet et plusieurs grammaires ont été publiées. Il est à noter que les hommes et les femmes ne s’expriment pas dans la même langue. Les chiquitanos représentent 3,6 % de la population bolivienne d’aujourd’hui ce qui en fait le plus grand groupe ethnique du pays. Les enfants continuent d’apprendre le chiquitano et l’espagnol à l’école. Je ne suis pas sûre personnellement de l’efficacité de ce système puisque des enfants scolarisés d’une communauté n’ont pas su me dire un mot en chiquitano ! (peut-être n’ont-ils pas compris mon espagnol ?)

Mission 3Les missions étaient soumises à des règles, connues sous le nom de « réductions ». Elles avaient à leur charge à leur charge entre 1000 et 4000 indiens, et leur territoire gigantesque explique probablement la future expulsion des jésuites en 1767 car ils avaient trop de pouvoirs.

Les jésuites ont favorisé l’implantation permanente des tribus qui étaient plutôt nomades au départ. Sous l’autorité des missionnaires, les Chiquitanos étaient évangélisés, nourris et logés. On peut dire prisonniers car ils n’avaient pas le droit d’habiter ailleurs que dans la “maison” prévue par les jésuites. La vie était réglée par la prière et le travail (agriculture, élevage, tissage). Les indiens s’affairaient à leur tâche mais se devaient d’assister à toutes les messes, de donner une partie des récoltes à la communauté, ce qui permettait aussi de s’entraider en cas de mauvaises récoltes, et un jour par semaine de participer au travail communautaire (construction des églises notamment).

L’architecture et la ville dans les missions :

InterieurLa vie s’articule autour d’une grande place, destinée aux processions. L’église, à laquelle sont accolés les logements des jésuites (2 prêtres seulement par mission, 3 pour la plus grande), l’école, les ateliers et quelquefois le cimetière, prend tout un côté. Des trois autres côtés, de grands baraquements sont destinés aux logements des tribus. D’architecture très linéaire et carrée, les missions avaient toutes été réalisées de la même façon. Seules les églises et les places ont survécu au départ des missionnaires. La structure des villages, elle, a changé avec l’arrivée des espagnols.

Bâties sur les mêmes plans, les églises des missions sont impressionnantes. Il se dégage d’elles une impression de force et de sérénité et on peut facilement comprendre comment des indiens vivant dans la jungle aient pu se laisser séduire par tant de grandeur !

Le musicien-architecte-jésuite Martin Schmid, d’origine suisse, est une des grandes figures de ces missions. Non seulement il a dessiné les plans de la plupart des églises, mais a participé à leur élaboration et à leur décoration. Il a expliqué quels arbres abattre, comment les transporter, les sculpter (les poutres extérieures et intérieures sont toutes faites d’un seul tronc, sculpté). Il a montré comment utiliser les plantes pour faire des couleurs qui seront utilisées pour peindre. La sculpture en bois des saints ou des autels réalisés pour décorer les églises a permis l’apprentissage d’un art qui a survécu jusqu’à aujourd’hui. En visitant les églises, on peut apprécier les premières statues, d’hommes et de femmes blancs, réalisées à partir d’images apportées par les jésuites jusqu’aux statues plus récentes, dont les traits sont nettement plus indiens !

ViolonQuant à la musique, c’est elle qui aurait permis aux jésuites d’impressionner les indiens et de les amener à s’installer avec eux. Cet art musical baroque est resté, s’est développé et est devenu une des grandes attractions des missions. En effet, pendant et après le départ des jésuites les indiens ont continué à construire des instruments à corde (violon, violoncelle, harpe..) et à écrire de la musique. Ces partitions écrites de leurs mains, ou de celle des jésuites, ont été retrouvées, cachées dans les murs des églises ou chez des particuliers qui les gardaient précieusement. Restaurées, elles représentent un immense catalogue de musique baroque qu’un festival remet à l’honneur tous les 2 ans.

Dans chaque village, il existe une école de musique et la plupart des enfants commencent à jouer d’un instrument ou à chanter dès leur plus tendre enfance. La renommée du festival a permis a certains d’entre eux d’être pris en charge pour être scolarisé à l’étranger. Pour ces enfants d’origine extrêmement modeste, c’est une chance dont beaucoup rêvent !

Les missions peuvent se visiter toute l’année (attention toutefois à la saison des pluies qui peut rendre la piste difficile). Des hôtels très corrects sont installés dans chaque village, n’hésitez pas à prendre les meilleurs, les restaurants pourraient s’améliorer. De Sao Paulo, le vol vers Santa Cruz dure 2h30, vous pouvez partir de là directement. Il n’y a qu’une route, pas toujours asphaltée, qui fait la « boucle » entre toutes les missions. Pour le tour complet, compter 5 jours et 4 nuits car les distances sont longues à parcourir (plus de 1000kms la boucle) et un événement imprévu… est toujours à prévoir dans ce pays. Mais vous pouvez aussi faire la visite en une seule journée au départ de Santa Cruz tôt le matin, voire sur deux jours pour découvrir deux missions. Il y a souvent des petits musées accolés aux églises et une école de musique où vous pourrez écouter les répétitions. La vie est tranquille et il n’y a pas grand chose à faire le soir (certains villages n’ont que 500 habitants). Vérifier toutefois auprès de la population locale, nous avons raté un spectacle de « cholitas » à San Javier, ne sachant pas qu’elles passaient justement ce soir là !

Elisabeth Gilliot

Liste des hôtels que nous avons essayés pour vous :

En général en Bolivie, nous prenons toujours les meilleurs pour éviter les mauvaises surprises. Tous ont été propres, agréables, calmes avec du personnel de qualité et un bon petit déjeuner, à part à San Javier, beaucoup plus simple et sans restauration.

San José : Hotel Vila Chuquitania
San Ignacio : Hotel La Misión
Concepcion : Hotel Gran Concepción
San Javier : Hotel Momoqui